Une attaque meurtrière contre la localité d'Am Dafok, à la frontière entre la République centrafricaine et le Soudan, remet en lumière les défis sécuritaires auxquels le pays demeure confronté. Pour Charles Boissel, chercheur à l'International Crisis Group, cette offensive traduit à la fois les ambitions des groupes armés centrafricains et les répercussions directes du conflit soudanais sur la stabilité de la Centrafrique.

« Les assaillants sont pour la plupart des chefs rebelles centrafricains que l'on connaît déjà », explique Charles Boissel. Parmi eux figurent notamment Nouredine Adam, Harda Kuma et Nourd Gregaza, des dirigeants rebelles qui n'ont pas adhéré ou se sont retirés de l'Accord politique pour la paix et la réconciliation signé en 2019.

Leur revendication reste inchangée : obtenir une plus grande part du pouvoir, davantage de postes ministériels et l'intégration de leurs combattants au sein des forces armées nationales. « Pour peser davantage dans ces demandes, ils ont lancé ces attaques sur Am Dafok », souligne le chercheur. Forts de plusieurs centaines de combattants et d'un armement conséquent, ces groupes ambitionnaient de reprendre pied dans la préfecture de la Vakaga et envisageaient même d'étendre leur offensive jusqu'à Birao.

L'attaque ne peut toutefois être analysée sans prendre en compte le contexte régional. « Elle a déjà des liens avec le conflit soudanais », affirme Charles Boissel. Selon lui, les rebelles du FPRC ont été renforcés par plusieurs centaines de combattants venus du Darfour, principalement issus de communautés arabes, bénéficiant d'armes circulant massivement depuis le déclenchement de la guerre au Soudan.

Le spécialiste rappelle également que certains chefs rebelles centrafricains entretiennent des relations avec les deux camps soudanais. « Nouredine Adam avait rejoint les RSF en 2023 avant de changer de camp en 2024 pour soutenir l'armée soudanaise », précise-t-il. Ces alliances successives répondent à une logique de renforcement militaire et de recherche de ressources, chaque camp pouvant fournir armes et combattants en échange d'un soutien.

Au-delà des responsabilités immédiates, Charles Boissel appelle à la prudence. « Il est trop tôt pour identifier d'éventuelles responsabilités » dans l'appui extérieur ayant facilité cette offensive. En revanche, une certitude s'impose : « cette attaque rappelle combien la paix est fragile en Centrafrique et combien il y a encore du travail à faire pour ramener un climat véritablement pacifique sur le territoire ».

Cette résurgence des violences intervient au moment où la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation en République centrafricaine (MINUSCA) réduit progressivement son dispositif en raison de contraintes budgétaires. « Cette attaque rappelle encore combien il faut maintenir les efforts », conclut le chercheur, alors que les discussions sur le renouvellement du mandat de la mission s'annoncent déterminantes pour l'avenir sécuritaire du pays.

L'attaque d'Am Dafok rappelle que la stabilité de la République centrafricaine demeure étroitement liée aux dynamiques régionales. Entre revendications des groupes armés, circulation des combattants et répercussions de la guerre au Soudan, la consolidation de la paix reste un défi majeur pour Bangui et ses partenaires internationaux.