L'affaire qui oppose la direction de l'Office guinéen de publicité (OGP) à son Directeur général adjoint soulève une question de principe : jusqu'où peut aller l'action d'une organisation syndicale ?

En Guinée, la liberté syndicale est un droit fondamental consacré par le Code du travail. Les syndicats sont institués pour défendre les intérêts individuels et collectifs des travailleurs. L'article 13 du Code du travail dispose notamment : « Dans les entreprises, les travailleurs ou leurs représentants bénéficient d’un droit à l’expression directe et collective sur le contenu, les conditions d’exercice et l’organisation du travail... »

Ce droit constitue une garantie essentielle de la démocratie sociale, mais il s'exerce dans le cadre fixé par la loi. En revanche, lorsqu'une infraction porte atteinte à une personne déterminée, le Code de procédure pénale énonce un principe fondamental. L'article 155 prévoit que : « Toute personne qui se prétend lésée par un crime ou un délit peut, en portant plainte, se constituer partie civile (c’est-à-dire prendre un avocat) devant le juge d'instruction compétent. » Ce texte consacre le principe selon lequel la qualité pour agir appartient d'abord à la personne qui se dit personnellement victime du dommage.

 Dans ces conditions, si la plainte annoncée dans cette affaire a été déposée pour des faits dont le Directeur général serait la victime directe, une question juridique mérite d'être posée : sur quel fondement une organisation syndicale intervient-elle dans cette procédure ?

Sauf disposition particulière prévue par la loi, la mission d'un syndicat est de défendre les intérêts collectifs des travailleurs et les droits qui s'y rattachent, non de se substituer à une personne physique dans l'exercice d'une action fondée sur un préjudice personnel. Cette affaire rappelle ainsi que la liberté syndicale, aussi précieuse soit-elle, n'est pas un pouvoir sans limite.

Elle doit demeurer conforme aux missions que la loi assigne aux organisations syndicales, afin d'éviter toute confusion entre la défense des intérêts collectifs des travailleurs et l'exercice de droits appartenant à une victime déterminée.

Le droit syndical est un pilier de l'État de droit. Il protège les travailleurs, favorise le dialogue social et contribue à l'équilibre des relations professionnelles. Mais, comme tout droit, il connaît des limites.

 Il ne peut s'exercer en dehors des compétences reconnues par la loi ni conduire à une substitution aux droits individuels, sauf lorsque un texte l'autorise expressément.

C'est précisément dans le respect de ces limites que le droit syndical conserve sa légitimité, sa crédibilité et sa force.