En rappelant que les têtes de liste arrivées en tête des élections communales ne sont pas automatiquement élues maires, la Directrice générale des élections, Djénabou Touré, a livré une mise au point aussi nécessaire que salutaire. À l'heure où certains candidats célèbrent déjà leur accession à la tête des communes, cette précision rappelle un principe fondamental de la démocratie locale : le maire est élu par les conseillers communaux et non directement par les électeurs. Une vérité juridique qui mérite d'être entendue pour éviter les erreurs, les frustrations et les violences du passé.
« Ce n'est pas parce que vous êtes tête de liste et que vous arrivez en tête que vous êtes de facto élu maire ». En une phrase, Djénabou Touré a recentré le débat sur le terrain du droit et éloigné les passions de la politique spectacle.
La déclaration de la Directrice générale des élections intervient dans un contexte particulier. Les résultats des communales suscitent déjà des scènes de liesse dans plusieurs localités, tandis que certains candidats se présentent publiquement comme les futurs maires de leurs communes. Pourtant, le droit électoral guinéen est clair : les citoyens élisent des conseillers communaux ; ce sont ensuite ces conseillers qui élisent le maire lors de la session d'installation du conseil communal.
Cette précision n'est ni une subtilité administrative ni un détail procédural. Elle constitue l'essence même du système de démocratie locale retenu par le législateur guinéen. Le mandat de maire découle d'une élection indirecte, organisée au sein du conseil communal, conformément aux principes qui gouvernent l'administration décentralisée.
La doctrine juridique est constante sur cette question. Dans les systèmes où l'élection du maire est indirecte, le suffrage populaire permet de composer l'organe délibérant, tandis que l'exécutif local est désigné par celui-ci. Le professeur français Georges Vedel considérait d'ailleurs que l'élection du maire par les conseillers participe de la logique représentative de la décentralisation, en assurant une cohérence entre l'exécutif communal et la majorité qui dirige le conseil.
La jurisprudence comparée est également éclairante. Dans plusieurs États francophones d'Afrique et en France, les juridictions administratives ont régulièrement rappelé qu'aucune liste arrivée en tête ne dispose d'un droit acquis à la fonction de maire.
Le Conseil d'État du 23 janvier 1984, commune de Thionville a rappelé que l'élection du maire constitue une opération électorale distincte de l'élection des conseillers municipaux. Ainsi, la victoire d'une liste aux élections municipales ne crée aucun droit automatique à la fonction de maire. Cet arrêt dégage le principe selon lequel, l'élection du maire résulte d'un vote spécifique des conseillers élus et demeure indépendante du classement des listes lors du scrutin municipal.
Le juge administratif français a confirmé dans un arrêt du Conseil d’Etat, 06 mars 1996, Élrctions municipales de Clichy, que les alliances ou recompositions de majorité intervenant après les élections peuvent conduire à l'élection d'un maire différent de la tête de liste arrivée en tête.
La majorité municipale se forme librement au sein du conseil, conformément aux règles démocratiques.
Quant à l'organisation des communes, une décision n° 82-146 DC du 18 novembre 1982 du Conseil constitutionnel français a consacré le principe selon lequel le maire est l'exécutif élu de l'assemblée communale et non un élu direct des citoyens.
Les accords politiques, les coalitions ou les recompositions internes au sein du conseil peuvent parfaitement conduire à l'élection d'un autre candidat. Ce mécanisme n'est pas une anomalie démocratique ; il est au contraire l'une des expressions du pluralisme politique.
C'est précisément ce que Djénabou Touré a qualifié de « deuxième tour ». Une formule pédagogique qui traduit une réalité institutionnelle : la bataille électorale ne s'achève pas nécessairement avec la proclamation des résultats.
Elle se poursuit dans le cadre légal du conseil communal où les élus disposent de la liberté de choisir celui ou celle qui dirigera la municipalité.
Cette clarification est d'autant plus importante que l'histoire récente de la Guinée porte encore les stigmates des communales de 2018. Des incompréhensions autour de la désignation des maires avaient alors alimenté tensions, contestations et violences. En évoquant ce précédent tragique, la DGE ne fait pas œuvre de mémoire ; elle accomplit un devoir de prévention.
Au-delà des ambitions partisanes, c'est donc une culture démocratique qu'il convient de consolider. Accepter les règles du jeu, c'est accepter que la victoire électorale ouvre des droits, mais ne dispense jamais du respect des procédures. Dans un État de droit, la légitimité politique ne se proclame pas ; elle se construit conformément aux textes.
L'intervention de Djénabou Touré vaut davantage qu'une simple précision technique. Elle rappelle que la démocratie locale repose autant sur le vote des citoyens que sur le respect des institutions. Dans les jours à venir, les regards seront tournés vers les conseils communaux appelés à choisir leurs exécutifs.
D'ici là, une seule certitude s'impose : en démocratie, gagner une élection n'autorise jamais à s'arroger une fonction avant que le droit n'en ait décidé ainsi. La sagesse commande donc d'attendre le verdict des conseils, là où se jouera, en toute légalité, le véritable dernier acte des communales de 2026.
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