Interrogé lors de l’AG de son parti, sur l'élection de Dr Dansa Kourouma à la présidence de la nouvelle Assemblée nationale, Mamadou Oury Diallo, président de la Ligue des démocrates de Guinée (LDRG), adopte un ton mesuré, loin des polémiques partisanes. Entre reconnaissance de l'expérience acquise au Conseil national de la transition (CNT), rappel de la marginalisation de son parti durant le processus électoral et réflexion sur les défis de la future législature, son intervention dessine une conception pragmatique des institutions : ce qui importe n'est pas la continuité des personnes, mais la capacité à exercer efficacement les responsabilités parlementaires.
Le premier enseignement de cette intervention est le refus de personnaliser le débat. Mamadou Oury Diallo ne construit ni un plaidoyer enthousiaste ni une opposition systématique à l'élection de Dr Danse Kourouma. Il rappelle d'abord un fait institutionnel : le président du Parlement est élu par les députés. Autrement dit, sa légitimité procède du vote interne de l'Assemblée, conformément aux règles du fonctionnement parlementaire.
Cette posture est d'autant plus significative que son propre parti n'a pas participé aux élections législatives. En rappelant que la LDRG n'a pas obtenu les conditions lui permettant de concourir, il souligne qu'il ne se considère pas comme un acteur du processus ayant conduit à la désignation du président de l'Assemblée. Son commentaire se veut donc davantage analytique que politique.
L'autre élément majeur de son intervention réside dans l'appréciation portée sur le parcours de Dr Dansa Kourouma. Selon lui, la présidence du CNT a constitué une véritable école de pratique parlementaire. Même sans expérience préalable de député, l'ancien président du Conseil national de la transition aurait acquis une connaissance concrète du fonctionnement législatif, des procédures et des équilibres institutionnels.
Cette observation prend une dimension particulière lorsque Mamadou Oury Diallo estime que la nouvelle Assemblée nationale souffrirait d'un déficit d'expérience. À ses yeux, disposer à sa tête d'un responsable déjà familiarisé avec les mécanismes parlementaires représente un avantage pour l'institution. Il ne s'agit donc pas de défendre un homme en raison de son passé au CNT, mais de reconnaître une compétence acquise dans l'exercice des fonctions.
En filigrane, son intervention dépasse le seul cas de Dr Dansa Kourouma. Elle pose une question fondamentale : dans une démocratie en reconstruction, faut-il privilégier les ruptures symboliques ou préserver les compétences accumulées lorsque celles-ci peuvent renforcer les institutions ?
Mamadou Oury Diallo semble répondre que la stabilité institutionnelle passe avant tout par la qualité des responsables appelés à exercer les fonctions publiques.
Le véritable enjeu n'est pas de savoir si un ancien président du CNT peut ou non présider la nouvelle Assemblée nationale. Ce n'est pas une obligation de continuité institutionnelle. C'est une question de compétence, d'expérience et de capacité à exercer une fonction parlementaire dans un contexte politique exigeant.
Surtout, il convient de distinguer deux notions essentielles du droit constitutionnel : le pouvoir constituant originaire et le pouvoir constituant dérivé. Le premier est celui qui fonde un nouvel ordre constitutionnel, souvent à la faveur d'une rupture politique ou institutionnelle. Le second intervient dans un cadre constitutionnel déjà établi, avec pour mission d'appliquer, de faire vivre ou de réviser la Constitution selon les procédures qu'elle prévoit.
Autrement dit, l'expérience acquise dans l'exercice du pouvoir constituant originaire comme ce fut le cas au sein du CNT n'impose pas juridiquement une continuité des hommes. En revanche, elle peut constituer un atout lorsque les compétences développées permettent d'assurer efficacement le fonctionnement du pouvoir constituant dérivé, incarné par une Assemblée nationale élue.
C'est précisément sur cette distinction que repose la réflexion formulée par Mamadou Oury Diallo : les institutions démocratiques ne se consolident pas par la seule permanence des acteurs, mais par la capacité de ceux qui les dirigent à comprendre leur rôle, leurs limites et la nature du pouvoir qu'ils exercent. C'est cette culture institutionnelle, plus que la continuité des personnes, qui garantit la crédibilité et la solidité de l'État de droit.
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