La confirmation de la condamnation de l'ancien gouverneur de la Banque centrale, Ibrahima Chérif Bah, marque une nouvelle étape dans la lutte contre les crimes économiques en Guinée. Mais derrière la sévérité de la décision se pose une question essentielle : une justice peut-elle pleinement convaincre lorsque le condamné demeure hors de sa portée ?
Le verdict est désormais confirmé. Cinq (05) ans d'emprisonnement ferme, confiscation des biens, cinq milliards de francs guinéens d'amende, dix milliards de dommages et intérêts, en plus du remboursement de 10,5 millions de dollars. La chambre des appels de la CRIEF a choisi la continuité en validant la condamnation prononcée contre Ibrahima Chérif Bah.
Cette décision dépasse le seul cas d'un ancien haut responsable de la Banque centrale. Elle constitue un test pour la crédibilité de la justice économique guinéenne. Car si la condamnation est bien réelle, son exécution demeure suspendue à une absence qui dure.
La lutte contre la corruption ne se mesure pas uniquement au nombre de décisions rendues ou à la lourdeur des peines prononcées. Elle se juge aussi à la capacité de l'État à retrouver les personnes poursuivies, à récupérer les fonds détournés et à faire appliquer effectivement les décisions de justice.
La CRIEF réaffirme ainsi un principe fondamental : aucune fonction, aussi prestigieuse soit-elle, ne place son titulaire au-dessus de la loi. Ce message est fort et nécessaire dans un contexte où l'exigence de redevabilité est devenue une attente majeure des citoyens.
Cependant, une condamnation prononcée en l'absence du prévenu laisse inévitablement un sentiment d'inachevé. Pour une opinion publique de plus en plus attentive aux questions de gouvernance, la sanction ne prendra tout son sens que lorsqu'elle produira des effets concrets, tant sur le plan pénal que sur celui de la restitution des ressources publiques.
L'ampleur des sommes réclamées traduit une volonté claire : faire comprendre que le crime économique ne doit jamais être une opération rentable. C'est une orientation qui renforce la portée dissuasive de la justice, à condition que les décisions ne restent pas de simples symboles.
La confirmation de cette condamnation constitue une victoire de la procédure et un signal politique fort. Mais la véritable victoire sera celle d'une justice capable non seulement de juger, mais aussi de faire exécuter ses décisions. Car dans un État de droit, la distance de l'exil ne devrait jamais peser plus lourd que l'autorité de la loi.
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