L'actualité judiciaire guinéenne est marquée cette semaine par les réquisitions du parquet spécial de la Cour de Répression des Infractions Économiques et Financières (CRIEF) dans deux affaires impliquant d'anciens hauts responsables de l'État : Mohamed Lamine Bangoura, ancien président de la Cour constitutionnelle, et Oyé Guilavogui, ancien ministre.

Mohamed Lamine Bangoura : 10 ans de prison requis et plus de 42 milliards GNF réclamés

Dans le dossier visant Mohamed Lamine Bangoura, le ministère public a requis une peine de dix ans d'emprisonnement contre l'ancien président de la Cour constitutionnelle et ses coaccusés. Les parties civiles ont, quant à elles, sollicité le paiement de plus de 42 milliards de francs guinéens à titre de dommages et intérêts.

Poursuivi pour détournement de deniers publics, corruption, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux, Mohamed Lamine Bangoura continue de contester les accusations portées contre lui. Il soutient n'avoir jamais assuré la gestion directe des fonds de l'institution qu'il dirigeait et rejette les montants qui lui sont imputés.

Cette affaire est considérée comme l'une des plus sensibles de la CRIEF en raison du statut institutionnel de l'ancien magistrat et de l'importance des sommes en jeu.

Oyé Guilavogui : le parquet demande un mandat d'arrêt

Dans un autre dossier fortement médiatisé, le parquet spécial a requis dix ans d'emprisonnement et une amende de cinquante milliards de francs guinéens contre l'ancien ministre Oyé Guilavogui. Le ministère public a également demandé à la Cour de décerner un mandat d'arrêt à son encontre.

Le parquet estime que les infractions de détournement de deniers publics, enrichissement illicite et blanchiment de capitaux sont suffisamment établies. Les poursuites concernent notamment la gestion de fonds liés à la relance de la SOTELGUI, au projet Backbone national ainsi qu'à plusieurs programmes environnementaux.

Absent du territoire national depuis 2023 pour des raisons médicales, Oyé Guilavogui n'a pas comparu devant la juridiction. Pour l'accusation, cette absence justifie la délivrance d'un mandat d'arrêt.

Dans les deux procédures, la CRIEF rappelle que les réquisitions du parquet ne constituent pas une condamnation. La présomption d'innocence demeure jusqu'au prononcé des décisions définitives.

Les verdicts sont particulièrement attendus par l'opinion publique, dans un contexte où la lutte contre la corruption et la reddition des comptes demeurent au cœur des attentes des citoyens. Ces affaires sont perçues comme un test majeur pour la crédibilité de la justice économique guinéenne et sa capacité à traiter les dossiers impliquant d'anciens hauts responsables de l'État.

Au regard des réquisitions du parquet spécial dans les affaires Mohamed Lamine Bangoura et Oyé Guilavogui, la CRIEF se retrouve une nouvelle fois au centre d’enjeux judiciaires majeurs mêlant lutte contre la corruption, exigence de reddition des comptes et forte attente sociale. Dans les deux dossiers, des peines de dix ans d’emprisonnement ont été requises, accompagnées de lourdes sanctions financières dépassant 42 milliards GNF pour l’un et 50 milliards GNF ainsi qu’un mandat d’arrêt pour l’autre, tandis que les accusés contestent ou ont contesté les faits qui leur sont reprochés.

MAGJURY rappelle que ces réquisitions ne constituent en rien une condamnation, mais traduisent la position du ministère public à ce stade de la procédure, la décision finale appartenant exclusivement à la juridiction compétente. Dans ce contexte, les verdicts attendus seront scrutés avec une attention particulière, tant ils représentent un test décisif pour la crédibilité de la justice économique et la confiance des citoyens dans les institutions.